Si ma tante en avait…: réflexions sur le droit à l’image

C’est à la faveur d’un signalement de Bruno Chalifour1  que je reviens sur le droit à l’image. Il ne s’agit pas de faire œuvre de juriste : d’autres, et non des moindres, sont plus à l’aise que moi dans la jungle de la jurisprudence, et la Gazette du Palais ne fait pas partie de mes livres de chevet. En revanche, force est de constater que parmi les contraintes liées à la pratique de la photographie, le droit à l’image occupe depuis pas mal de temps une place non négligeable. Consacré par l’article 9 de notre Code Napoléon (familièrement appelé Code Civil), le droit à l’image donne lieu désormais à l’expression de sentiments variés de la part des photographes, qui vont du désespoir à l’indignation en passant par l’effroi de se retrouver un jour devant un juge. D’autres, qui ne font sans doute jamais de photographies, y voient un moyen commode de faire valoir l’importance qu’ils attachent à leur personne, et peuvent ainsi, à tort ou à raison,  demander que soit attribuée une valeur d’argent à leur réputation, grâce notamment à l’existence, dans ce même code, d’un certain article 13822 . Article 9, article 9… Quand tu nous tiens ! Continuer la lecture

  1. « La rue, zone interdite, ou la difficile question du droit à l’image », un film de Gilbert Duclos-production : Virage-TV5 Monde. []
  2. « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer », C.c., Art. 1382. []
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Kertesz, Lefèvre, la Savoie: questions d’identités

« […] Alors j’envisageais d’aller vivre à la campagne et de devenir agriculteur. En 1920 je pris un congé de maladie de six semaines1 et j’allais les passer dans un village près de Budapest, où j’avais loué de la terre, pour me familiariser avec l’agriculture.»2

C’est à cette phrase que je pensais quand je vis pour la première fois, en 2005, les photographies qu’André Kertesz réalisa en Tarentaise3 en 1931. Les mauvaises langues ne manqueront pas de remarquer que ma suffisance est ici mise en défaut, mais je dois l’avouer : ces images m’étaient jusqu’alors inconnues, même si j’avais longuement feuilleté Vu4 de cette période. Mon attention avait sans douté été retenue par d’autres sujets plus prégnants de l’époque, notamment le problème de la perception, dans la France des années trente, de la montée des totalitarismes.

Mais fouiller dans la vie et l’œuvre de Kertesz, c’est à chaque fois découvrir une pépite, dont on se saisit avec l’indéfinissable sentiment d’être entré là presque par effraction. Etrange impression, devant cet œuvre pléthorique et protéiforme, où l’on va chercher parfois par nécessité, toujours avec certitude. Avec Kertesz, un postulat : pas d’exclusive, tout est dedans !

Alors que l’exposition rétrospective « André Kertesz »5 a parcouru l’Europe pendant toute l’année dernière (après Paris : Winterthur, Berlin, Budapest), retour sur la question de l’identité culturelle confrontée à la photographie. Continuer la lecture

  1. Après la guerre, Kertesz a repris son emploi à la Bourse de Budapest. []
  2. Rapporté par Agathe Gaillard, dans : Kertesz, Belfond, Paris, 1980, p. 20. []
  3. Exposition conçue par Pascal Lemaître et coréalisée par l’espace Malraux de Chambéry et la Facim, 13 janvier-24 février 2005. Voir : Jean et Renée Nicolas, Pascal Lemaître, La Savoie d’André Kertész, éditions La Fontaine de Siloé, 2004. []
  4. 7 photographies du reportage sont parues dans : F. Lefèvre, « Le Sol, le sacrifice du cochon », Vu n° 189, 28 octobre 1931, p. 2430-2431. []
  5. Le Jeu de Paume, exposition « André Kertesz », Michel Frizot et Annie-Laure Wanaverbecq, commissaires ; 28 septembre 2010-6 février 2011. []
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Une affiche en campagne

A l’heure des réseaux sociaux,  au moment où la science de la statistique nous fait regarder notre téléphone portable 150 fois par jour, l’affiche de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle n’a peut-être plus la même importance qu’autrefois. Cependant, ce mode de propagande n’est pas encore moribond, puisque sitôt devenue effective la candidature du président Sarkozy, la presse s’est hâtée de publier l’image du président-candidat, image qui va bien vite prendre sa place (je le présume) dans le paysage des panneaux publicitaires et, quand le code électoral lui en donnera le droit, devant tous les bureaux de vote de France (je passe sur l’affichage dit « sauvage », dont les règles m’échappent totalement). A peine cette affiche connue, les détournements déjà nombreux circulaient sur la toile, comme les descriptions et analyses plus respectueuses. Cet intérêt démontre à lui seul qu’une telle publication n’est pas anodine, et qu’elle doit sans doute nous raconter quelque chose. Continuer la lecture

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Association d’idées glaciales

Cette charmante carte postale (?) m’est parvenue par le truchement de ma messagerie électronique. Je ne vous dirai pas grand-chose de son origine: grâce aux envois et autres transferts automatiques de messages, je ne sais rien du correspondant qui l’a émise, et les métadonnées du fichier sont incomplètes.

Qu’à cela ne tienne! Voilà une adorable façon de nous rappeler que les photographes, à l’instar des bouchers, charpentiers et autres fabricants de boutons de culotte, ont depuis longtemps leur sainte patronne: Sainte Véronique. Les catholiques la fêtent le 4 février, les orthodoxes le 4 octobre; pour sa part, le Larousse en 6 volumes de 1933 préconisait le 8 mars. Continuer la lecture

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De quoi Kodak est-il le nom?

La société Kodak s’est placée, le 19 janvier 2012, sous la protection de la loi américaine sur les faillites (le fameux « chapitre 11 »). Cette procédure devrait momentanément tenir l’entreprise à l’abri de ses créanciers les plus féroces, et lui permettre de lever quelque emprunt pour mener à terme son hypothétique reconversion. La marque paye aujourd’hui au prix fort quelques dizaines d’années d’errements commerciaux et technologiques1, sans avoir su valoriser, depuis vingt ans, quelques prodigieuses innovations de son cru2. Continuer la lecture

  1. Souvenons-nous, par exemple, de l’expérience malheureuse de la photographie instantanée, et du procès perdu contre Polaroïd []
  2. On s’en doute, le format argentique APS (gamme Adventix) n’en fait pas partie… []
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Bob Dylan et la peinture

Du 20 septembre au 22 octobre derniers, la galerie Gagosian de Madison Avenue1 a exposé quelques toiles de Bob Dylan, par ailleurs auteur-compositeur-interprète de musique et ci-devant peintre dilettante : les acryliques sur toile de « The Asia Series » furent alors présentées comme « a visual reflection on his travels in Japan, China, Vietnam, and Korea, comprises people, street scenes, architecture, and landscapes, which can be clearly identified by title and specific cultural details […] »2.

Après avoir candidement annoncé, dès le 8 septembre, son ouverture, Dave Itzkoff règle son compte à l’exposition le 26 septembre, sur son blog du New-York Times, Arts Beat, The Culture at Large. Deux jours plus tard, l’AFP se fend d’un communiqué immédiatement repris par les grands titres présents sur la toile. Le 29 septembre, Alain Korkos publie sur @rrêt sur images un billet fort bien illustré qui enfonce le clou avec précision : le peintre du dimanche Bob Dylan a reproduit, en peinture et en couleur, des images extraites de fonds photographiques. On y reconnaît les images de Cartier-Bresson, Ricalton, Kajima, Kessel, ou encore Busy, images le plus souvent visibles sur le net (fonds Albert Kahn, collection Rob Oechsle, Magnum Photos).

L’ombre du plagiat rôde sur les terres arides du mensonge…

Le 18 novembre paraît le numéro 237 du magazine Réponses Photo. On y trouve, à la page 226, une tribune écrite par Bruno Chalifour, intitulée « Quand Dylan copie Cartier-Bresson ».

Que dit le « chapeau »3? « Meilleur musicien que photographe, Bob Dylan expose à New-York des photos qui ressemblent fort à celles de Cartier-Bresson. La polémique naît. Le critique et photographe Bruno Chalifour remet ce débat dans son contexte ».

Là, respectueusement, je tique… Continuer la lecture

  1. Larry Gagosian possède plusieurs galeries : New-York (Madison Avenue, West 24th Street, 21th Street), Los Angeles, Londres (Britannia et Davis Streets), Rome, Athènes, Paris, Genève, Hong-Kong. []
  2. Dossier de presse de l’exposition, Galerie Gagosian, p. 1. []
  3. Ecrire « chapô », fort en usage dans la presse française, me répugne absolument. []
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Tintin et la cocotte-minute

Dans mon village, on n’a pas tous les jours l’occasion de se distraire. Donc, ma boîte aux lettres est de celles qui acceptent le flot de publicités qu’y déverse régulièrement le préposé des Postes. Ce n’est pas très « éco-responsable », mais je ne connais pas de meilleure solution pour savoir où trouver le dernier presse-purée en plastique véritable et le quintal de bananes presque mûres à prix cassé dont j’ai absolument besoin (j’ai dans l’idée de mettre au point une recette de purée de banane; vous m’en direz des nouvelles un de ces jours). Bon. Et Tintin, dans tout ça? Continuer la lecture

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La dentelle photographique: Tulle 2011

Catalogue Tulle 2011-1ère de couverture

Chaque année, l’aristocratie de la photographie d’amateur française et étrangère donne à voir ses meilleures réalisations. A Tulle, où le Photo Club Asptt préside aux destinées du Festival International d’Art Photographique, cela se traduit par un concours, l’exposition d’une partie des envois, des stages, et l’exposition des images d’un invité d’honneur (cette année, la portraitiste Hélène Théret). L’édition d’un catalogue permet de regrouper, en 120 photographies environ, les travaux primés et remarqués par le jury du concours. La manifestation est patronnée par la Fédération Photographique de France, la Fédération Internationale de l’Art Photographique, Image sans frontière, la Photographic Society of America, et Objectif Image.

2011, 7ème Salon International (ainsi se nomme le susdit concours) : puisqu’il s’agit d’un Salon, les photographies exposées ont été retenues par un jury (M. Cambon, V. Coucosh, M. Pontet, ainsi que E. Nicolas, P. Soulier et Chr. Vialle pour la catégorie « Nature »); les « recalées » , rangées dans des bacs, sont cependant accessibles au public le plus curieux. Qui dit Salon, dit palmarès; plusieurs catégories sont prévues: « Nature », « Macrophotographie », « Charme », « Scènes de la vie quotidienne », « Paysage », « Environnement », « Créativité », « Voyage », « Meilleur Auteur », « Meilleur Club », « Couleur », « Noir et blanc » et « Série thématique ». Puisqu’il s’agit d’une manifestation organisée par des photographes amateurs regroupés dans le mouvement associatif, les participants ne sont (seraient ?) pas professionnels, mais tous ne se présentent pas sous la bannière d’un club, qu’ils adhèrent ou non à une structure de ce type. Les envois de photographies sont majoritairement européens, mais nombreux sont ceux originaires de Hong Kong, d’Inde, du Vietnam, d’Argentine, d’Ukraine. Toutes les photographies sont de taille modeste, puisqu’elles sont inscrites dans un format 30 cm x 40 cm, souvent présentées sous passe-partout biseauté. Les photographies exposées démontrent l’incontestable maîtrise technique de leurs auteurs.

Quelques réflexions sur cette photographie d’amateur de haut vol… Donc, « Voyons au Livret !»1 Continuer la lecture

  1. Je recycle ici un texte rédigé en 2009 à l’occasion de la 10ème édition du Festival. Ah! La permanence des choses nous évite parfois bien de la peine! []
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Ah! ah! Monsieur est Persan? C’est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan?

Telle est la question que se pose la bonne société parisienne, surprise d’apprendre que Rica est Persan, alors même qu’il vient d’abandonner la tenue vestimentaire traditionnelle de son pays pour l’habit européen. Le baron de Montesquieu fait paraître ses Lettres Persanes en 1721, à Amsterdam et à Cologne afin d’éviter les foudres de la censure, qui peuvent mettre à mal sa charge au parlement de Guyenne. En compagnie d’Usbek, Rica visite en effet la France à l’aube du XVIIIème siècle, et la correspondance des deux amis Persans est une critique acerbe des moeurs du temps ; sous le couvert d’une fiction, Montesquieu pose ici un des principes de la sociologie moderne : choisir la position de l’étranger pour mieux observer la société qu’on étudie. Dans cette lettre XXX, Rica s’emporte d’abord contre le regard des autres, alors qu’il n’a pas encore cédé à la mode vestimentaire parisienne : « […] Je souriais quelquefois d’entendre des gens qui n’étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : «  Il faut avouer qu’il a l’air bien persan  » [...] » Mais bientôt, vêtu à l’européenne, il se plaindra de son isolement, alors que plus personne ne lui porte attention.

Rica, observateur de la culture occidentale, fait ici l’expérience d’une perte d’identité, d’un défaut de reconnaissance : être comme tout le monde peut conduire à l’isolement comme à une vie sociale accomplie. Toute l’ambigüité du concept d’identité culturelle, déjà… Continuer la lecture

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Amusement…

Après m’être fait violence pour exposer quelques photographies, je me fais imprimer un petit catalogue de la chose, dont on pourra découvrir un aperçu ci-dessous…

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