Le ciel est, par-dessus le toit…

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine, Sagesse, 1881

Quel rapport entre ce poème qu’on apprend dès le plus jeune âge, sans le comprendre vraiment, et cette belle journée d’avril? Réponse: le ciel et un problème de photographe.

Gloire à l’Eyjafjallajökull ! D’après les gazettes, ce volcan islandais au nom imprononçable est entré en éruption le 14 de ce mois, à l’issue d’un petit galop d’essai qui avait débuté le 20 mars dans l’indifférence générale. La tectonique des plaques et les lois de l’atmosphère ont réduit en moins de quatre jours l’activité aérienne motorisée à sa plus simple expression: plus un seul long courrier au-dessus de ma tête!… Et plus une seule trace de condensation dans le ciel.
Certes, j’ai en cet instant une pensée émue pour tous ces touristes bloqués dans les aéroports, pour tous ces cadres d’entreprises contraints de séjourner plus longtemps que prévu dans ces pays lointains, regrettant les facilités de la visio-conférence et les bienfaits du téléphone. Cependant, réjouissons-nous: pour quelques heures encore (ou quelques jours), pour peu que la météo nous soit favorable, nous allons disposer d’un vrai ciel de photographe.

Un ciel de photographe, c’est un ciel où il n’y a rien, rien d’autre que ce qui doit naturellement se trouver dans le ciel: quelques nuages au blanc légèrement piqueté du noir des oiseaux, et du bleu, des pourpres et parfois, des bruns orangés bien étranges. Si cette éruption et ses conséquences me touchent, c’est parce que je viens de m’apercevoir que je me suis battu, depuis trente ans, contre ces traces laissées dans la haute atmosphère par ces aéronefs à réaction. Au point de m’en servir parfois d’élément graphique dans la construction de l’image, tant j’étais las d’attendre le moment où la trace s’évanouirait; au point même de renoncer à des prises de vues en montagne, tant ces traces me semblaient anachroniques dans l’expression photographique d’un milieu naturel où l’homme n’est pas à sa place.

J’en viens à m’interroger: existe-t-il dans une année un seul jour de beau temps où l’on puisse pratiquer la photographie de paysage sans être encombré de cette présence à laquelle nous ne portons plus guère d’attention?

Verlaine dit tout son bonheur perdu, toute son angoisse de l’enfermement. Les images d’Ansel Adams sont-elles notre bonheur perdu de photographes? Ces traces ne sont pas visibles sur les photographies que réalisait mon grand-père, et cet Eyjafjallajökull a réveillé en moi bien plus que la joie de contempler un ciel parfaitement pur.

Mise à jour 20 avril:
Les curieux consulteront cette page de l’Institut de Physique du Globe.
Les plus inquiets peuvent s’abonner au site du ministère du Développement durable etc., qui a bien sûr ouvert une page d’information à ce sujet (Verlaine, les photographes, les moucherons et les taupes en sont absents).


2 commentaires sur “Le ciel est, par-dessus le toit…”

  • 1
    joel on 19 avril 2010 Répondre

    et pis d'abord pourquoi prendrel'avion, ça pollue, ça fait du bruit, ça tue les moucherons, et on ne peut m^me pas fumer, je parle pas des plateaux repas qui ressemblent à la SNCF.
    Vivement la télé portation

  • 2
    Claude on 19 avril 2010 Répondre

    Enfin un ciel pour tester ses capteurs !
    Ne reste plus qu'à espérer des pelouses sans tondeuses
    mais là c'est plus dur, il faudrait réveiller le dieu des taupes !

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