Ridley Scott vs Jim Jarmusch?

Bon, tout le monde le sait: c’est Tim Burton qui s’y colle. Le Festival (avec un f majuscule, il n’y en a qu’un -Berlin, Philadelphie, Deauville, Venise, Marrakech, Cluj-Napoca, Moscou, etc., ne sont que des faire-valoir-) s’est ouvert cette année avec la projection de Robin des Bois.

Je laisse aux cinéphiles éclairés l’examen des sélections officielles pour m’agacer un tantinet sur le programme télé du lendemain de la première montée des marches… Programme de la télévision publique (française ou franco-germanique), bien sûr; les autres ne me concernent pas, puisque je ne contribue pas directement à leur financement.

Donc, jeudi soir 13 mai, petit désir de m’avachir devant la petite lucarne, façon macédoine de légume au fond du canapé, muni des accessoires indispensables à la réussite de l’ambitieux projet: cacahuètes grillées, chocolat, eau minérale (il faut bien, parfois, être raisonnable), et l’indispensable télécommande, dite zapette, sans laquelle une soirée télé se transforme en séance de gymnastique (l’indigence des programmes n’est pas en cause, mais ma versatilité et mon impatience sont proverbiales).

Au programme de France 3, Gladiator, puis les (mauvaises) nouvelles, et enfin Batman, le défi. Il ne vous aura pas échappé que Gladiator, réalisé par Ridley Scott, est sorti en salle il y a une dizaine d’années; le scénario du film est fondé sur la rivalité entre Commode, le dernier des « grands » empereurs de Rome, et l’un des généraux de son père Marc-Aurèle, un dénommé Maximus (interprété par Russel Crowe), dont la famille a été décimée sur les ordres du premier. C’est un peu « fumeux », quand on sait que c’est Marc-Aurèle lui-même qui initia son fils Commode à l’exercice du pouvoir, et que ce dernier se montra plutôt efficace, même s’il dut faire face à quelques complots sanglants, dont l’époque était assez coutumière. Il ne vous aura pas échappé non plus que Ridley Scott a réalisé le Robin des Bois, avec le même Russel Crowe, qui sort cette semaine à grand renfort de projection d’ouverture à Cannes.
Batman, le défi est le numéro deux de la série. En gros, une autre histoire de vengeances, celle d’un pingouin (Danny DeVito) et celle d’une secrétaire devenue chatte (Michèle Pfeiffer), le tout arbitré par un Batman (Michael Keaton) inaudible se déplaçant à bord d’une Batmobile qui tressaute sur le bitume de Gotham City comme un vieux jouet de mon enfance; réalisation: Tim Burton, qui est (mais peut-on l’ignorer encore) cette année le président du jury du Festival. Batman, le défi, c’est un Charlie et la chocolaterie pour les grands, mais en moins cruel.
Le programme « France 3 » de ce jeudi soir 13 mai est ainsi un énorme pense-bête pour les foules-macédoine-de-légumes: « Voyez comme Tim Burton est impliqué dans un cinéma onirique et fantastique, respectueux de l’oeuvre des grands anciens; sa place à la tête du jury ne saurait être usurpée. Et n’oubliez pas d’aller au cinéma: vous avez aimé Gladiator, vous raffolerez de Robin des Bois; soyez rassurés: ce sont les mêmes! »
Du coup, je me suis rabattu sur Broken flowers (Arte), de l’affreux gauchiste et pourtant délicat Jim Jarmusch (2005, Grand prix du Festival de… Cannes). Peinture d’une Amérique verdoyante, dont les seuls objets de culture seraient les romans policiers, les automobiles Ford, la Harley Davidson et la maison individuelle, ce film est une perle acidulée servie par un Bill Murray tout en retenue et quatre actrices d’une beauté époustouflante (Frances Conroy, Jessica Lange, Sharon Stone, et Tilda Swinton).  Rien ne nous y est épargné: la peur d’une violence omniprésente, la nymphomanie et l’homosexualité, la bêtise et la philosophie de comptoir, l’argent et les conventions. Musique: jazz éthiopien de Mulatu Astatke. De quoi me faire regretter de ne pas aller plus souvent au cinéma, et de dire du mal du Festival.


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