Cannes (III): La casa muda

En ce doux dimanche de mai, on projette dans le cadre de « La quinzaine des réalisateurs » le film de Gustavo Hernandez, La Casa muda. Ce film (d’horreur) est une expérience cinématographique: tourné en un seul plan-séquence de 78 mn, il paraît qu’il n’aurait coûté que 6000 $. Mais ce qui nous concerne, nous, photographes, c’est qu’il a été tourné avec un Canon Eos 5 D Mark II.
Constater une nouvelle fois que les nouvelles capacités des technologies photographiques sont explorées, d’abord, par les plasticiens ou les cinéastes n’est pas nouveau, ni suffisant.
En revanche, devons-nous balayer d’un revers de main les questions posées par l’apparition sur le marché de ces étranges boîtiers hybrides? Non, assurément, même si l’hypothèse de transformer chaque photographe en vidéaste tient plus de la fable de bureau d’étude que d’une réelle évolution des pratiques.

La question la plus importante est liée, justement, à la pratique intime. Dans quelle mesure la vidéo peut-elle participer à la validation d’un travail photographique, à un moment où celui-ci est, de plus en plus, remis en cause dans les débats sur la retouche et le lien de l’image fixe avec le ça a été? La vidéo peut-elle remettre en cause notre propre perception du cadrage photographique, sachant qu’elle a le pouvoir de décrire (par exemple) le hors-champ qui justifie ou provoque notre choix du champ de l’image? Peut-elle remplacer nos vieux carnets de notes, nos croquis d’installation? La vidéo a-t-elle le même pouvoir de mémorisation, d’introspection, que les notes écrites, et quel peut-être son pouvoir de nuisance au sein de nos méthodes de travail?


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