Rencontres (photographiques?) à Solignac

Le choix de l’association L’OEil Ecoute est encore cette année fort pertinent: les expositions de ces 24e Rencontres ne manqueront pas de susciter maints débats au sein des milieux autorisés. Allumons donc quelques mèches: l’acidité des propos qui suivent montre que je n’y ai pas « trouvé mon compte », mais je reste fermement convaincu qu’il faut y aller voir. Et attention: ça ne dure pas longtemps, alors, hop, au trot! Direction: Solignac!

A invoquer la question de la mémoire, on risque l’impression de déjà-vu. Les 24ème Rencontres Photographiques de Solignac, qui viennent de s’ouvrir, sont bel et bien confrontées à cet effet pervers : si l’on convoque Roland Barthes, sa Chambre claire et la photographie de sa mère décédée, il faut aussi compter sur son spectator, ce spectateur qui a la fâcheuse habitude de ne s’intéresser aux souvenirs des autres qu’à deux conditions : la nouveauté (ou la surprise), et la narrativité, qui lui fait croire, l’espace d’un moment, que l’image faite par un autre lui raconte une part de lui-même.
Que voit-on cette année à Solignac ?

Après son exposition de 2010 à L’Œil Ecoute, Delphine Dewachter propose à nouveau quelques travaux d’aiguille sur photographie. Mais les moucharabiehs d’hier sont ici tags déliquescents, et la présentation des dessins préparatoires aux broderies n’y change rien : les dites broderies s’interposent entre l’artiste et son spectateur. Les mots du livret voudraient venir au secours de ce Tissu d’histoires ; peine perdue ! Les images restent muettes tant elles sont calmes et résonnent du vide qui les encombre.

Les isohélies d’Isabelle Braud sont-elles poétiques ? Lieux d’enfance, « Poussières d’éternité » nous prend par la main pour nous entraîner dans le monde magique des souvenirs d’enfance. On y apprend que les petits détails auxquels nous ne prêtons plus attention, une fois parvenus à l’âge adulte, n’ont effectivement aucune importance. Encadrer les rêves en grand format après les avoir laborieusement triturés au moyen de l’outil numérique ne leur vaut rien ; cachés au fond de notre cœur, ils sont bien plus beaux que sur papier glacé.

David Molteau use de la photographie comme d’autres, il y a trois siècles, usaient de la chambre noire. Cependant, malgré un goût fort prononcé pour le dessin, l’académisme de l’artiste s’arrête où l’obsession du détail et du trait commence. Traitant avec un soin jaloux de quelques icônes de l’histoire de la photographie (la planche de l’entomologiste, le Leicaflex, la diapositive Kodachrome et la marine transatlantique), Molteau nous rappelle que le temps passe…

Avec Paint it black, Florent Contin-Roux mélange ses « manières », et c’est bien dommage. On avait en effet oublié combien il peut y avoir de couleur dans le noir, les gris et le blanc. Une toile récente (2010), Les Décorations, vient à point nommé rappeler (quel paradoxe !) l’essence même du médium-photographie : le flou et le net, le distinct et la suggestion, la trace et l’indice, la couleur sans les couleurs. Cette toile est presque une musique.

Yveline Loiseur est photographe. Crépuscule du matin-Dresde (2008) est le retour sur l’expérience photographique de 1992, Les villes invisibles. L’usage du médium est ici rigoureux, exclusif. Est-ce pour cela que les images d’Yveline Loiseur sont particulièrement « bavardes » ? Car ces photographies bruissent d’une science grave, d’une tension toujours perceptible. A l’évidence, les souvenirs de l’artiste ne sont pas les nôtres, mais elle parvient à nous transmettre, presque insidieusement, cette inquiétude qui nous étreint parfois, née de la confrontation entre notre mémoire et la réalité d’un lieu : de moi ou de cet endroit dont je fus absent longtemps, lequel a changé ?

24ème Rencontres Photographiques de Solignac
Du 10 au 19 juin 2011
Entrée libre – Tous les jours, de 15h (14h samedi et dimanche) à 19h.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *