Attention: VIRUS !

21. octobre 2010 L'atelier 1

Dans la vie, il faut appeler un chat « un chat ». Le domaine de la photographie n’y échappe pas, et il en est de même dans toutes les langues. Ainsi, l’anglais est apprécié pour sa concision, ce qui nous conduit parfois (et à bon escient seulement) à le préférer pour désigner une chose que nous ne pourrions nommer en français qu’en usant de la périphrase (ce qui est particulièrement pénible quand on est pressé de se faire comprendre).

Prenons par exemple le mot anglais high-key. Contraction de high-key lighting (traduction libre: « éclairage en solution hautes lumières »), le mot désigne une technique d’éclairage utilisée en photographie, cinéma et télévision, à partir des années cinquante. Il s’agit de placer l’objet de la prise de vue au croisement de trois flux lumineux de façon à ce que nulle partie de cet objet ne soit laissée dans l’ombre (en anglais, standart three-point lighting); on peut ajouter à ce dispositif une quatrième source de lumière, dirigée vers le fond de la scène (four-point lighting setup). Le résultat: un contraste général de la scène extrêmement faible, avec deux avantages notables.
Le premier avantage est de mettre en valeur les parties naturellement foncées du sujet, et spécifiquement les yeux, les cheveux, ou encore un accessoire, comme un vêtement ou un bijou. Le second bénéfice de cette technique est plus terre-à-terre: sur un plateau de télévision, par exemple, inutile de refaire les réglages ou de déplacer les lumières lorsque l’invité change ou lorsque la caméra se déplace.

Il n’est nullement question ici de surexposition, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là. Le but du jeu, en photographie, est bien d’éclairer la scène afin que les ombres soient réduites à leur plus simple expression, en veillant à ce que tous les éléments présents dans la composition soient dans des tons clairs. En photographie numérique, on cherchera donc à obtenir un histogramme voisin de ceci:

tut_hist_highkey_hist

On pourrait penser que le low-key lighting est l’exact contraire du précédent. Ce n’est pas le cas (pensez-donc, ce serait trop simple!). En réduisant les moyens d’éclairage de la scène, c’est-à-dire, dans l’idéal, une seule source de lumière et un réflecteur, il s’agit de créer un fort effet de clair-obscur; le contraste est alors voisin du maximum admissible par l’émulsion (photographie argentique) ou le capteur (photographie numérique), de telle manière que les hautes lumières soient particulièrement mises en valeur alors qu’elles n’occupent qu’une faible partie de la composition. En conséquence, on tendra vers un histogramme plutôt comme celui-ci:

tut_hist_lowkey_hist

On retiendra que high-key et low-key sont des techniques d’éclairage, ou éventuellement de maîtrise de certaines lumières ambiantes, mais sûrement pas des pratiques de sur ou sous-exposition, ni même des procédés de retouche numérique. Comme on l’aura remarqué, il n’y a trace dans les histogrammes ci-dessus, ni d’éblouissement de photo-sites, ni d’absence totale d’information dans les ombres (bien que l’on puisse tolérer celle-ci dans le cas d’un fond noir en studio).

Quelques exemples relevés sur le net, pour en terminer avec certaines idées reçues sur la question:

vrai-high-key-2
VRAI high-key: tons clairs, faible contraste général, mise en valeur des yeux
faux-high-key-2
FAUX high-key: surexposition, retouche excessive
 vrai-low-key-2
VRAI low-key: clair-obscur sur le sujet, fond sombre
faux-low-key-2
FAUX low-key: sous-exposition flagrante du sujet

1 commentaire sur “Attention: VIRUS !”

  • 1
    Jérémie on 24 octobre 2010 Répondre

    Nous voilà bien éclairés. Merci Maître.

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